• Accueil
  • > Recherche : lettre a profane

Résultats de votre recherche

Lettre à Ludwig 22

Posté par Serge Bénard le 21 septembre 2010

Ton émotion me paraît tout à fait compréhensible. Au moment précis où tu envisages une éventuelle démarche initiatique, tu découvres – avec un certain effroi me semble-t-il – que la vie n’est pas simple, fût-elle maçonnique. Je t’ai prévenu pourtant.

Pourquoi t’effrayer de ces turbulences passagères ? D’abord, tu n’as pas encore choisi quelle obédience te paraît la mieux adaptée à tes attentes, exigeantes et fort nombreuses à coup sûr. Donc, sans t’être indifférente, la transformation du G. O D. F. ne devrait pas te consterner comme c’est le cas apparemment. Le convent de cette obédience a décidé – de justesse – que « ne peut plus être refusé qui que ce soit dans l’obédience pour quelque discrimination que ce soit, y compris de sexe« . Je te l’accorde c’est aberrant, mais tu n’y peux rien. Je peux simplement te dire que cette situation n’étonne que ceux qui ignorent les arcanes de cette obédience. Je pourrais aussi te dire que les choses risquent de ne pas en rester là, mais je ne veux pas jouer les prophètes… Rappelle-toi seulement qu’une loge comme je te l’ai expliqué « enquête » sur les profanes qui viennent vers elle. Quoi de plus simple, pour celles qui le voudront, d’arrêter la démarche à ce stade, dans la mesure où une loge n’a pas de compte à rendre ?

En fait, cette vieille obédience subit les effets du modernisme qui veut à tout prix faire entrer les mœurs profanes dans les ateliers. C’est sans doute paradoxal, car si on regarde autour de nous, il n’y avait pas lieu de céder à cette pression. Je sais que des maçons avaient menacé de porter, éventuellement, ce problème devant la justice profane. Autre aberration : celle-ci n’a pas plus à mettre son nez dans l’organisation interne d’une institution comme celle-ci qu’elle ne pourrait le faire dans un couvent d’obédience catholique exclusivement masculin (ou inversement). Ferait-on un procès à l’Église catholique apostolique et romaine parce qu’elle n’autorise pas l’ordination des femmes ? Je n’ai pas entendu dire que des organisations féministes s’en soient préoccupées. Je comprends que le progrès n’est pas de côté-là mais quand même !

Personnellement, je suis aussi fervent de la mixité que de la laïcité, laquelle se trouve bien mis à mal par les temps qui courent sous prétexte de devoir devenir positive (?). Je fais partie des générations de Français qui ont été scolarisés en classes mixtes dès le primaire. Aujourd’hui des sociologues, et peut-être des enseignants, remettent en cause ce principe. Va-t-on attaquer les écoles qui se plieront un jour à cette nouvelle conception ? D’ailleurs, que n’a-t-on traîné devant les tribunaux les écoles privées qui ne se sont jamais soumises à la règle de la mixité ? Sans aller jusqu’à citer les écoles coraniques ou talmudiques !

Tu connais le proverbe : « Quand on veut abattre son chien… ». C’est un peu cela en la circonstance. Que n’ai-je entendu ou lu sur ce sujet ! En fait ce procès en sorcellerie intentée à la Franc-Maçonnerie repose surtout sur une volonté évidente de lui nuire. Les prétextes pour y parvenir s’éculant au fil du temps, il fallait trouver un cheval de bataille plus approprié et conforme à l’esprit du temps. La montée en puissance de la parité a fait le reste.

Dans notre pays, l’anti-maçonnisme ne date pas d’hier. Il s’est trouvé renforcé à partir de 1884, à la suite de l’encyclique Humanum Genus10 du pape Léon XIII. Les activités de la franc-maçonnerie y étaient dénoncées et condamnées. C’est à cette époque qu’un certain Léo Taxil monta un canular amalgamant la franc-maçonnerie et le satanisme. Il fit croire à des légions de crédules que le Baphomet à tête de bouc était l’idole adorée dans les loges. L’affaire Dreyfus n’arrangea rien, l’antisémitisme venant se combiner aux ragots de tavernes. Mais les milieux d’extrême droite et  les nationalistes doctrinaires en profitèrent pour dénoncer de soi-disant complots judéo-maçonniques. On assista alors à une floraison de publications exclusivement consacrées à la dénonciation de la franc-maçonnerie et, en particulier, à l’implication du Grand Orient de France dans la vie politique de la Troisième République.

Je ne vais pas te faire un cours d’histoire, ce qui n’est pas mon sujet ni de ma compétence. Mais je ne peux m’empêcher d’évoquer l’Action Française fer de lance de l’anti-maçonnisme. Charles Maurras y tapait à tours de bras sur « les quatre états confédérés de l’Anti-France à savoir les juifs, les protestants, les franc-maçons et les métèques » qu’il considérait comme trahissant les intérêts et la cohésion nationale. Je pourrais continuer sur cette lancée… jusqu’à la loi du 13 août 1940 qui dissout les sociétés secrètes (et donc la franc-maçonnerie). Le régime de Vichy achevait ainsi la mission de l’extrême droite, avant-garde de son idéologie.

Le 11 août 1941, une deuxième loi anti-maçonnique, plus radicale, fut publiée. Elle décrétait la publication au Journal officiel des noms des francs-maçons identifiés par le Service des Sociétés secrètes et leur appliquait le Statut des Juifs (sans toutefois leur interdire d’exercer un emploi du secteur privé). Tu te reporteras utilement à de nombreux ouvrages qui traitent de cette période difficile.

Comme tu le vois toutes les époques ont leur vicissitudes. Le problème de l’initiation des femmes au GODF en fait partie. Mais j’imagine que beaucoup de loges vont entrer en résistance, rien ne leur faisant obligation de souscrire à la nouvelle orientation. Nous en reparlerons sûrement une autre fois.

Publié dans Lettres à  Ludwig | Pas de Commentaires »

12345...15
 

Malica: une candidature int... |
la vérité toute simple |
parcelle 53 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | MAYACAT-ESOTERISME
| et l'école renaîtra
| Cérelles C'est Vous !