Lettre 16

Posté par Serge Bénard le 21 juin 2010

 

Tu t’étonnes, me dis-tu, de ce que la presse réagisse parfois bruyamment, comme ces temps-ci, au problème de la mixité en maçonnerie. Et que ce sujet soit mis ainsi sur la place publique semble te déplaire, t’énerver peut-être. Pour ta gouverne, sache que la presse a toujours besoin de dire quelque chose. Peu importe l’intérêt : il faut remplir les colonnes ou meubler le temps d’antenne, à la radio comme à la télévision. L’information est un sujet sérieux, mais notre époque semble avoir oublié beaucoup des principes généraux et généreux de la profession. Dans la chasse au « scoop », au petit et au gros scandale, la mixité constitue pour les journaux un bon sujet, bien croustillant. Quoi ? Les francs-maçons refusent la mixité ? Mais ne se disent-ils pas ouverts et tolérants ? Bien sûr qu’ils sont tolérants ! La tolérance est même la clé de voûte de l’édifice maçonnique. De cet élément central, tout dépend. Comment, sans elle, faire coexister en effet des conceptions tellement différentes, voire antagonistes, des habitudes culturelles composites, des statuts sociaux divers, des âges variés, allant de moins de trente ans jusqu’au-delà de quatre-vingts ans ? J’en profite pour soumettre à ta réflexion, cette pensée de Saint-Exupéry (dans Citadelle) : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » Tout un programme que la franc-maçonnerie met en œuvre dans ses obédiences avec des rituels aux formes multiples mais aux objectifs comparables.

Donc les francs-maçons sont tolérants. Concrètement, cela veut dire qu’ils s’acceptent réciproquement tels qu’ils sont. À charge pour eux d’apprendre à connaître et reconnaître l’autre dans sa complexité. Je ne m’éloigne pas de la mixité, tu vas le voir. Mais je crois nécessaire que tu assimiles cette évidence qui domine la vie maçonnique : les bons francs-maçons n’ont jamais peur de l’autre. L’autre étant aussi bien masculin que féminin.

Venons-en à cette fameuse mixité. Pourquoi en a-t-on parlé récemment avec force commentaires exagérés ?  Comme il se doit, si l’on veut  doper les ventes de magazines ou de quotidiens ! Un événement a mis le feu aux poudres. Je dois t’apprendre, car nous n’en avons jamais parlé, que comme toutes les sociétés humaines policées, la franc-maçonnerie dispose de sa justice interne. La tolérance ne vient pas à bout de tout ! Il arrive que des différends entre frères exigent d’être résolus par une instance juridique appliquant en toute équité les lois et règlements internes à une obédience. Il y a aussi certains comportements individuels sur lesquels la justice maçonnique doit dire le droit maçonnique. Rien que de très normal, puisque nous connaissons cela dans le monde profane. Or, l’obédience de France la plus importante en nombre, s’est trouvée confrontée l’an dernier à un problème complexe. Des loges du Grand Orient de France ont décidé d’initier des femmes. Si certaines  obédiences, comme le Droit Humain ou la Grande Loge mixte initient les deux sexes, le GODF jusqu’alors ne pouvaient initier des femmes. Il s’agit d’une tradition et comme les maçons se réfèrent sans cesse à celle-ci, il est bon de s’en souvenir. Inversement, la Grande Loge féminine de France ou la Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm n’acceptent que des femmes en leur sein. Il convient de signaler que si le GODF refuse d’initier les femmes, il n’interdit pas à ses loges d’accepter la présence de celles-ci lors des tenues régulières. Certaines loges le font, d’autres s’y refusent. Les raisons des unes et des autres sont multiples et souvent contradictoires.

On peut donc dire que la liberté d’initier des femmes prise par ces loges dérogeaient à la Constitution et au Règlement général du GODF. D’où le recours à la Chambre Suprême de Justice maçonnique. Or, celle-ci n’a pas mise en cause ces initiations. Et, voici quelques jours la section d’Appel de l’instance juridictionnelle du Grand Orient de France, a confirmé en tous ses points celui rendu en première instance…  Mais, contrairement à ce qu’ont pu dire les médias, le GODF n’est pas devenu « mixte » par ce coup de baguette magique. Il apparaît en effet que rien dans les textes qui régissent cette institution ne s’oppose textuellement à ces initiations « sauvages » et quelque peu provocatrices. Mais, en réalité, seules les loges représentées au Convent (l’assemblée générale de l’Ordre) peuvent modifier les règles qui ont prêté le flanc à cette manœuvre. La situation est donc en équilibre sur un fil, celui du rasoir.

Pour tout dire, c’est d’un très vieux débat qu’il s’agit. On peut s’étonner qu’une institution se réclamant des Lumières se montre aussi récalcitrante à l’accueil de femmes, lesquelles ont quand même obtenu (tardivement, je te le concède) le droit de vote voici plus d’un demi-siècle. Les hommes et les femmes sont égaux en droit (du moins dans mon esprit) et je ne connais pas de maçon prêt à soutenir le contraire. Mais ils peuvent, les uns comme les autres aspirer à travailler dans un cadre exclusivement masculin ou féminin. Cela se fait dans beaucoup de groupe humain de par le monde. Pourquoi pas celui-ci ? D’autant que des ordres mixtes existent qui répondent potentiellement aux attentes de certains et certaines. D’ailleurs ceux qui préconisent l’initiation des femmes au GODF ne sont pas très conséquents avec eux-mêmes. S’ils veulent vraiment retrouver la compagnie de sœurs pour travailler en commun, il serait plus sage de se diriger vers une obédience adéquate. Je me demande si tout ceci ne relève pas d’un sabotage organisé. Mais à qui profiterait le crime ? J’ai mon idée, mais la discrétion m’interdit d’en parler à un profane. Tu ne dois pas t’en offusquer car en t’expliquant la franc-maçonnerie comme je le fais, je déroge déjà.

 

 

 

 

 

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